Homélies récentes

Homélie du Père Bernard Héraud dimanche 16 mai 2021

JUDAS !

Nous aimons bien Saint Thomas. Dans l’Evangile il pose les bonnes questions, celles qui « cassent l’ambiance » trop unanime ou trop enthousiaste des apôtres autour de Jésus.

Mais nous sommes souvent embarrassés par le destin de Judas. Et les textes de ce Dimanche en remettent une couche d’embarras notamment quand Jésus dit « J’ai veillé sur eux (les apôtres), et aucun ne s’est perdu, sauf celui qui s’en va à sa perte (Judas) de sorte que l’Ecriture soit accomplie. » (Jean 17, 12).

Ou bien la trahison et la mort sont providentielles pour l’accomplissement du salut, comme cela est esquissé dans les Ecritures, mais alors il fallait bien que quelqu’un fasse le « sale boulot » et joue le « mauvais rôle », donc Judas. Pourquoi l’en blâmer ? Pourquoi son choix est-il pour lui cause de perdition ? Quand on joue une pièce de théâtre écrite d’avance, la police ne se présente pas à la fin pour arrêter celui qui jouait le mauvais rôle dans cette pièce.

La pensée juive nous éclaire profondément; elle nous dit que notre foi est structurée par trois réalités contradictoires entre elles:
– l’histoire, toute l’histoire est providentielle (voulue par Dieu);
– l’homme est libre et responsable de ses actes;
– le mal absolu est en grande partie une énigme.

Il faut tenir jusqu’au bout ces trois propositions qui nous placent dans un rapport sain et saint avec Dieu et l’histoire du monde, la nôtre. On peut en effet être tentés de résoudre ces contradictions, mais cela risque de nous donner un visage faux ou pervers de Dieu et de nous-mêmes.

Si on dit seulement que l’histoire est providentielle, on fait de l’homme un pantin manipulé et finalement irresponsable, et on ose dire que le mal est providentiel (d’accord quand il s’agit de petits bobos mais ce n’est plus tenable pour penser Auschwitz et les autres monstruosités). Un Dieu qui aurait besoin de tels crimes de masse pour faire avancer son projet de salut est à fuir le plus loin possible.

Si l’on dit le contraire comme le faisait Jean-Paul Sartre « ma liberté n’est précédée d’aucun projet ni d’aucune providence » on sombre dans l’orgueil, le caprice et l’irréalité. On entend bien cette petite musique aujourd’hui dans notre société libéralo-libertaire qui ne supporte plus les lois de l’écologie et de la nature humaine.

Et le mal absolu ! Impossible de le rattacher à la providence d’un Dieu d’amour, faux aussi de toujours le rattacher au mauvais usage que l’homme fait de la liberté. Et on ne peut même pas dire que Dieu « laisse faire » car ce serait de la non-assistance à personne en danger ou alors ce serait révélateur d’un Dieu impuissant et donc d’un autre Dieu – Satan – en face de lui et à égalité.

Alors il faut tenir ensemble les trois propositions: chercher les traces les plus justes de la providence, engager notre responsabilité dans l’action pour que les événements aille vers le bien, rester parfois sans voix mais non résignés devant le déchaînement du mal (Emil Fackenheim, « la présence de Dieu dans l’histoire » éditions Verdier pages 48 à 53).

Dans son testament spirituel, Christian de Chergé (prieur de l’abbaye de Tibhirine en Algérie) parle du martyre vers lequel il voyait bien que les événements le conduisaient. Mais il disait : je ne désire pas le martyre, qui est effectivement l’un des couronnements possibles d’une vie spirituelle et d’un engagement donné jusqu’au bout, car cela voudrait dire que  pour parvenir à ce couronnement, j’aurais besoin qu’un des les frères humains, inconnu de moi, transgresse en m’assassinant le commandement de Dieu « tu ne tueras pas » et donc engage sa responsabilité spirituelle (comme Judas). Je ne peux pas tendre ainsi un piège spirituel à l’un des mes frères humains, car une vie spirituelle chrétienne ne peut être qu’universelle et prendre soin aussi de tous nos frères et soeurs en humanité. Pour les plus anciens d’entre nous, on peut se rappeler le film « le dialogue des carmélites » qui porte justement sur cette question: peut-on désirer le martyre ? Est-il le couronnement glorieux et désirable d’une vie de carmélite fidèle et cohérente jusqu’au bout ? La religieuse qui défend cette dernière thèse dans ce dialogue des carmélites est justement la seule qui ne montera pas à l’échafaud (elle est jouée par l’actrice Jeanne Moreau).

Bernard HERAUD

 

Homélie du Père Bernard Héraud  dimanche 15 décembre 3e dimanche de l’Avent

« La vie en rose…

Aujourd’hui, la liturgie de l’Eglise nous invite à opter pour la couleur rose en ce troisième Dimanche de l’Avent. Ce matin, j’ai donc pris la chasuble rose déposée dans le placard de la sacristie.

Pourquoi le rose ? Parce que c’est la couleur de l’aurore ? Surtout parceque c’est la marque du blanc de Noël qui s’infiltre dans le violet de la couleur liturgique de l’Avent. Nous attendons Noël, mais la joie de la venue du Christ est déjà présente dans cette attente, un peu comme quand on se prépare pour accueillir quelqu’un que nous aimons beaucoup, les préparatifs de sa venue sont déjà pleins de joie voire même de frénésie parfois.

Saint Bernard a un beau sermon très clair sur le temps de l’Avent ; il dit qu’il y a trois venues du Seigneur:

– la première, unique, c’est à Bethléem il y a plus de 2000 ans, Dieu est venu en Jésus Christ dans la faiblesse, en s’exposant aux contradictions des hommes et de l’histoire;

– le seconde, unique aussi, ce sera à la fin des temps, lors du Jugement Dernier, Dieu viendra avec puissance pour faire toute la lumière sur nos vies; et cet événement qui comportera certes quelques secousses (attachez vos ceintures !), est fondamentalement positif et heureux du vrai bonheur.

– la troisième, ou plutôt les troisièmes, c’est entre les deux, chaque fois que nous prions, que nous faisons un acte de charité, que nous recevons un sacrement, c’est encore Dieu qui vient à nous et il est notre repos (le fondement sur lequel on repose) et notre consolation. Ces troisièmes venues ressemblent tantôt à la première (de petits événements qui n’emportent pas forcément l’adhésion de tous) ou tantôt à la dernière (de grands événements qui nous obligent personnellement ou qui obligent la société toute entière « à revoir ses priorités, sa hiérarchie de valeurs »); la chute du communisme naguère ou la prise de conscience écologique aujourd’hui sont de ce dernier type. Et c’est là que vient le rose: dans le violet de nos attentes, déjà un peu de Noël ou un peu de Jugement Dernier.

Bonne marche vers Noël !

 

Bernard HERAUD

 

 

Extrait de l’homélie dimanche 25 août. Père  Bernard Héraud

« Quand j’entends parler Greta… »

Quand j’entends parler Greta Thunberg, nouvelle prophétesse médiatique de l’écologie, j’ai l’impression du grand retour de la fameuse séquence du « Dies Irae » (Jour de colère) que l’on chantait jadis lors des funérailles dans la liturgie grégorienne. Cette séquence a été supprimée en 1969 pour ne plus effrayer les populations et mettre la liturgie de l’Eglise au goût de la « pensée positive » qui est désormais la pensée unique: bienveillance, dédramatisation du salut, vivre ensemble, évacuation du tragique de l’histoire (la nôtre et celle du monde), rejet de la pastorale de la peur, etc…

Et patatra, voici Greta et ses imprécations, ses accusations et sa culpabilisation consciente, sa vision tragique de l’histoire et du salut (?), et la peur qui redevient le levier pour forcer les consciences…
Eternel retour des choses ! On peut certes y reconnaître le ton du prophète Jérémie, mais avec deux différences: d’une part Jérémie se plaignait souvent auprès de Dieu d’avoir cette mission de parler sur un tel ton accusateur et menaçant (les jérémiades), d’autre part quand un prophète parle c’est toujours un amour qui parle et qui s’inquiète.

Dies irae, dies illa, jour de colère que ce jour-là…

 

 

 

Homélie dimanche 18 août 2019.     Père Florian Meignié

L’Evangile de ce jour nous rappelle que suivre le Christ peut engendrer incompréhensions et oppositions.

Dans les premiers temps de l’Eglise, dans l’empire romain, lorsque certains membres d’une même famille se convertissaient à la foi chrétienne, ils pouvaient être rejetés, trahis par leur propre famille.

Mais ce qui était vrai hier peut l’être encore aujourd’hui, dans des familles qui rejettent catégoriquement la foi chrétienne, si l’un de leurs membres demande le baptême, il risque d’être confronté à l’opposition de sa famille, au rejet, ou même à la persécution.

De la même manière, un chrétien qui décide de vivre véritablement sa foi, peut être conduit à prendre des décisions et des choix de vie qui ne seront pas compris, et qui peut-être pourront bloquer, remettre en cause sa carrière professionnelle ou sa place dans la société.

Je pense notamment ici aux professions médicales, mais aussi dans bien d’autres domaines, celui de la finance, de l’économie ou même de la politique… Il ne fait pas toujours bon d’être chrétien…

Notre foi exige un engagement sans compromis, sans calcul. Le Christ s’est donné totalement par amour pour chacun d’entre nous, jusqu’à offrir sa vie sur la croix. Il attend que ses disciples le suivent quelles qu’en soient les conséquences.

Que ce soit au risque de leur travail, leur famille, ou même de leur vie. Le baptisé dès lors qu’il a choisi le Christ doit le préférer à tout le reste.

Ces divisions qu’annonce le Christ peuvent être également des divisions à l’intérieur de nous-mêmes. C’est ce qu’on appelle le combat spirituel, quand il faut choisir entre la voix de la conscience, la voix du devoir et la voix de l’égoïsme, de la recherche exclusive de soi, de ses propres intérêts… Nous sommes bien souvent écartelés entre nos désirs égoïstes et notre devoir, entre notre bien-être immédiat et le service de la justice et de la vérité.

Ce combat, comme nous l’entendions dans la deuxième lecture, nous sommes appelés à le mener avec endurance, sans jamais baisser les bras, à l’exemple du Christ qui « renonçant à la joie qui lui était proposée, a enduré la croix en méprisant la honte de ce supplice ».

L’auteur de la lettre aux hébreux compare ce combat à une épreuve sportive. Je trouve que cette comparaison est aujourd’hui très éclairante, car s’il existe bien un domaine où beaucoup sont prêts à tout donner pour la performance, c’est bien le sport, et cet investissement est d’ailleurs souvent admiré par notre société qui refuse pourtant tout autre renoncement et sacrifice.

Les sportifs sont prêts à de nombreux sacrifices pour arriver à un niveau de forme optimal qui leur permettra de gagner des compétitions. Ils sont même parfois prêts à mettre en péril leur santé pour améliorer leur performance avec le dopage…

Ce combat intérieur, ces décisions difficiles que le chrétien est appelé à prendre tout au long de vie paraissent impossibles à vue humaine. Mais le Seigneur ne nous laisse pas seul. Par notre baptême nous avons été plongés dans la mort mais aussi dans la résurrection du Christ, et nous avons reçu ainsi les grâces, les forces nécessaires pour avancer.

Ces grâces du baptême ne disparaissent pas avec le temps. Mais si nous ne faisons rien pour les rendre actives, elles dorment en nous. Comment donc réveiller les dons que nous avons reçu au baptême, comment déployer la grâce du baptême ?

C’est encore la deuxième lecture qui nous donne la réponse : nous devons avoir les yeux fixés sur Jésus ! Pour gagner notre course sportive nous devons connaître le terme, l’arrivée de la course, sinon nous risquons d’errer, de tourner en rond tout au long de notre vie et de nous perdre dans une pseudo paix qui n’est finalement qu’une anesthésie de l’âme !

C’est dans la contemplation du Christ, dans la prière quotidienne que nous pouvons avancer. Mais connaître le chemin ne suffit pas pour avancer, il faut aussi des forces physiques, de l’énergie…

Rassurez-vous, le Seigneur est un bon préparateur sportif, et il nous a donné des produits pour récupérer de nos efforts, et pour doper notre vie spirituelle. Ces produits dopants sont les sacrements : notamment le sacrement de la confession et le sacrement de l’Eucharistie.

En communiant au corps et au sang du Christ, c’est comme si nous recevions une transfusion sanguine, nous devenons véritablement consanguins avec le Christ si bien que c’est le Christ qui vit en nous et qui lutte en nous, avec nous… Et ainsi nous formons un seul corps, ce qui était désuni en Christ trouve peu à peu son unité, sa paix…

Frères et sœurs, la vie chrétienne n’est donc pas une vie de tout repos, vivre en chrétien c’est refuser de vivre en anesthésié mais décider d’engager un combat pour la véritable paix, celle de Dieu. Demandons la grâce aujourd’hui de nous engager sans retenue dans ce combat ainsi nous pourrons gouter de la joie de Dieu…

Ayons recours au dopage spirituel, sans modération, c’est le prix de la victoire !

 

 

Homélie Jeudi 15 août  –   Père Florian Meignié

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