RENCONTRER… AGIR … UNE EXPERIENCE AFRICAINE
 

RENCONTRER… AGIR … UNE EXPERIENCE AFRICAINE
Au début du mois de janvier, nous étions au Sud Cameron, en forêt équatoriale dans un village, Onon, situé à une quarantaine de kilomètres du Gabon. Un voyage d’une douzaine d’heures par des routes défoncées et des pistes ravinées, en bus et taxis collectifs.
Nous réceptionnons les travaux (puits, latrines, améliorations de l’école …) réalisés par AGIRabcd Drome et son partenaire local APAHC(1) Cameroun. A ce jour, grâce au forage, la population bénéficie de l’eau potable, mais il n’y a ni électricité, ni centre de soins, ni route, et depuis le 8 janvier un accès difficile à la téléphonie mobile.
Le Cameroun est un pays atypique parmi les anciennes colonies françaises. D’abord Allemande avant la première guerre mondiale,l’actuel république du Cameroun a été une république fédérale unifiée en 1972. Les langues officielles sont le français et l’anglais. C’est un pays multiconfessionnel où les catholiques, les protestants et les musulmans sont à peu près en nombre égal et vivent en bonne harmonie.
Cet équilibre est bouleversé par l’intrusion de la secte Boko Haram venant du Nigeria et sévissant au nord Cameroun et au sud Niger. Nous sommes restés trois semaines sans ressentir aucune agressivité à notre égard malgré les attentats de Paris, les manifestations meurtrières contre les chrétiens au Niger et un enlèvement en Centre Afrique.
Ce qui nous a fortement marqué, c’est dans un contexte socio-économique de pauvreté structurelle, l’attentisme, l’immobilisme et le poids paralysant du groupe familial qui capte le fruit du travail et empêche souvent le réinvestissement.
L’héritage colonial et missionnaire a engendré un développement sur le modèle occidental maintenant chez trop d’africains la mentalité d’assistés, résultant de l’habitude de tout recevoir de l’extérieur.
Le sud Cameroun vit de la production de cacao, seule source de revenu stable entre octobre et janvier ; la cueillette en forêt (banane plantain, manioc, maïs,…), la chasse et la pêche assurent la subsistance journalière.
L’installation d’un point d’eau potable et l’éducation sont la base de tout projet de développement. Cela ne peut se réaliser sans la participation des habitants aux actions qui les concernent. Cette vision est portée et mise en œuvre par AGIRabcd et l’APAHC ce qui nécessite de développer dans la population le sens de la prise en charge de leur équipement ;
L’Afrique comptera 2 milliards d’habitants à l’horizon 2 050. Quel type de développement ? La lutte contre la pauvreté et les inégalités passe par la paix. Or, il n’y a pas de paix sans justice sociale et sans respects des droits humains.
C’est aussi la lutte contre l’insécurité alimentaire en renforçant les agricultures familiales.
Mais cela suppose que les ONG soient écoutées par l’Union Européenne, le FMI, le G8, les Etats, en particulier l’Etat Français.
Aujourd’hui dans une société mondialisée - à Onon le forage a été réalisé par une entreprise chinoise, la pompe est indienne et les travaux exécutés par les Camerounais - nous sommes entraînés soit au déplacement vers les autres, soit au repli pour se protéger de l’autre.
En ce temps de Carême où nous sommes invités à nous interroger sur nos modes de vie, méditons cette phrase de Dom Bernado Olivera : « Si l’autre n’existe pas, il n’y a pas d’espace pour le véritable amour. Laissons-nous désinstaller et enrichir par l’existence de l’autre ».
Alex et Claudie Morvan
Février 2015
(1)Association pour la Promotion des Actions Humanitaires au Cameroun.






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