La fête de l’Ascension éclairée par Dom Guéranger

Jeudi 25 mai, l’Église fêtera l’Ascension du Christ. Dom Guéranger, refondateur de Solesmes, a laissé de superbes méditations sur ce rendez-vous majeur du calendrier liturgique.


 

« Tandis qu’il les bénissait, il se sépara d’eux et fut emporté au Ciel » (Luc 24, 51). « Et comme ils fixaient encore le ciel où Jésus s’en allait, voici que, devant eux, se tenaient deux hommes en vêtements blancs, qui leur dirent : “Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Ce Jésus qui a été enlevé au ciel d’auprès de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel.” » (Actes, 1, 9-11)

Le jour de son Ascension dans le Ciel, quarante jours après la Résurrection, le Christ s’est assis à la droite du Père où il demeure aujourd’hui et pour « les siècles des siècles ». À l’Ascension, l’humanité s’est donc rapprochée de Dieu en la personne du Christ qui nous ouvre la voie. Quel sera, alors, le dernier mystère du Christ en sa chair ? La Parousie, son retour dans la gloire, au dernier jour. De manière surprenante, Dom Guéranger propose une lecture mariale du mystère « christocentré » par excellence. Maître spirituel, Dom Prosper Guéranger fut le refondateur de l’abbaye de Solesmes (un 14 juillet 1837) et de tout l’ordre bénédictin en France, balayé par la Révolution Française en 1790. Son influence fut essentielle dans le renouveau liturgique français du XIXe siècle.

« On songeait (…) aux sentiments qui durent occuper le cœur de Marie durant ces derniers instants qu’elle jouissait de la présence de son fils. On se demandait qui devait l’emporter dans ce cœur maternel, de la tristesse de ne plus voir Jésus, ou du bonheur de sentir qu’il allait entrer enfin dans la gloire qui lui était due. La réponse venait promptement à la pensée de ces véritables chrétiens, et nous aussi, nous nous la ferons à nous-mêmes. Jésus n’avait-il pas dit à ses disciples : “Si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je m’en vais à mon Père ?” (Jean, 14, 28). Or, qui aima plus Jésus que ne l’aima Marie ? Le cœur de la mère était donc dans l’allégresse au moment de cet ineffable adieu. Marie ne pouvait songer à elle-même, quand il s’agissait du triomphe dû à son fils et à son Dieu. Après les scènes du calvaire, pouvait-elle aspirer à autre chose qu’à voir glorifié enfin celui qu’elle connaissait pour le souverain Seigneur de toutes choses, celui qu’elle avait vu si peu de jours auparavant renié, blasphémé, expirant dans toutes les douleurs. » (L’année liturgique, commentaires liturgiques du jour de l’Ascension, 1845)
Il dut être beau, ce dernier repas d’une mère et son Fils. Ce fut une seconde cène, devenue légère après que la Croix ait passée du rang de fardeau à celui de triomphe. Dom Guéranger continue ainsi, passant de la mariologie à l’ecclésiologie :

« C’en était fait : la terre avait perdu son Emmanuel. Quarante siècles l’avaient attendu, et il s’était rendu, enfin, aux soupirs des patriarches et aux vœux enflammés des prophètes. »
Quarante siècles ont spéculé sur la venue du Messie. Et le voilà qui a vécu, qui est mort, ressuscité, et retourné au Père. Que fait-on maintenant ? Les prophètes ne l’ont pas dit. Le monde est neuf, brillant de pureté, racheté par le Fils de Dieu, et pourtant les disciples se sentent seuls. Que fait-on quand la paix revient ? La réponse fut l’Église. Elle deviendra la gardienne de la Paix du Christ.

« Quelle tâche immense Jésus leur a confiée ! Et au moment où il s’agit pour eux de s’y livrer, il les quitte ! »
Il ne les laisse pas tout à fait seuls, puisque la Pentecôte vient leur insuffler l’élan nécessaire à la construction de cette Église. Nous pouvons conclure, à nouveau avec Dom Guéranger :

« Leur bonheur est désormais de penser qu’il est entré dans son repos. “Les disciples rentrèrent dans Jérusalem, remplis d’une vive allégresse”, dit saint Luc (Luc 24, 52), exprimant par ce seul mot l’un des caractères de cette ineffable fête de l’Ascension, de cette fête empreinte d’une si douce mélancolie, mais qui respire en même temps, plus qu’aucune autre la joie, et le triomphe. »

site ALETEIA, Angélique Provost, 24 mai 2017






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